Bruno Bel, adhérent d’Attac Oise, nous a tenus informé depuis le 17 mars sur l’évolution des retombées radioactives à Longueil Sainte Marie, il est bien connu de tous les membres d’Attac Oise pour ouvrir périodiquement sa maison écologique au public. Il a réussi à atteindre une consommation de 50 kWh par m² pour cette année. Il a donc à confort égal  divisé par six ses consommations (électrique, eau et chauffage) par des choix et des stratégies simples. Economies d’énergie et productions renouvelables sont au cœur de la rénovation de sa maison ancienne.

Il nous livre aujourd’hui ses réflexions sur le problème du nucléaire.

Sortir ou ne pas sortir du nucléaire?

Depuis un mois, je mesure la radioactivité de l’air et du sol à Longueil Sainte Marie dans l’Oise. Après une vive  inquiétude sur les retombées radioactives sur notre pays, je constate que ces retombées sont en fait très faibles. Pourtant, l’inquiétude est réelle chez nombre de nos concitoyens mais aussi de par le monde et ce, même si les médias ne s’en sont pas fait l’écho. Pourtant,  l’arrêt de la centrale de Fessenheim montre que le gouvernement a voulu calmer les esprits.

Tout cela soulève une question : la France doit-elle sortir du nucléaire?

Il semblerait que l'inquiétude passée, la question n'ait plus lieu de se poser et j’ai bien peur qu'il n'y ait pas de débat non plus. Depuis des années, il en a été ainsi en France.

Et pourtant, la question doit se poser. Les quatre pays les plus nucléarisés au monde sont les Etats Unis, la Russie, le Japon et la France. Chacun de ces pays a subi un accident majeur sur son territoire sauf la France.

Historique des accidents nucléaires:

1957, Kychtym, Oural, URSS

1974, Three mile Island, USA

1986, Tchernobyl, URSS

2011, Fukushima, Japon

2023, France ??????

Est-ce dû à notre haute technicité ou à la chance? Je pencherais pour la deuxième proposition.

Pour rappel, le Japon est ou était un pays riche (quatrième puissance mondiale), la France (sixième puissance mondiale) n'est pas supérieure au Japon dans le domaine nucléaire.

De plus, les risques d'accidents en France sont de plus en plus élevés. Nous avons frôlé de peu des accidents majeurs:

  • Au Blayais lorsque la centrale fut inondée après la tempête de l’année 2000 (plus d'alimentation électrique du système de refroidissement comme à Fukushima), 
  • A Saint Laurent des Eaux en 2005 avec la sécheresse (plus assez d'eau pour refroidir les réacteurs),
  • Au Tricastin en 2008, de fortes fuites radioactives.

Vient s'ajouter à cela, un vieillissement de nos réacteurs (deux réacteurs devraient déjà être arrêtés), une privatisation du secteur nucléaire civil, le recours à la sous-traitance pour la maintenance. Autrement dit, le même schéma que celui qui existe au Japon.

Oui, le risque est réel d'avoir un accident majeur en France dans les dix prochaines années.

Pour moi, il existe une solution et c'est la seule.

Il faut sortir du nucléaire en France.

C'est à dire arrêter tous nos réacteurs.

Bien sûr, il nous restera les déchets à gérer pendant 30 000 ans et je souhaite que cela soit fait par l'état avec notre argent. C'est la seule garantie que cela soit bien suivi. Il faut noter que des déchets mal gérés, trop proches ou avec un emballage usé peuvent entrer en fusion et créer un accident du type Fukushima.

Donc, Il faut sortir du nucléaire.

L'association des Négawatts qui ont déjà travaillé sur le réchauffement climatique nous montrent la voie  (www.negawatt.org). Ils nous donnent dix ans pour sortir progressivement du nucléaire, en mettant en place leur triptyque:

Sobriété, Efficacité, renouvelables.

  • la sobriété énergétique, consiste à supprimer les gaspillages et les besoins superflus. Supprimons les veilles, supprimons les appareils énergivores qui consomment quand on n'en a pas besoin, arrêtons les projets de voitures électrique, etc... 
  • l’efficacité énergétique, qui permet de réduire les consommations d’énergie pour un besoin donné. Convertissons nos appareils de chauffage électrique par des moyens plus efficaces (biomasse, bois, géothermie.....), utilisons des appareils électroménagers de classe A.

Avec ce qui précède, nous avons déjà réduit de moitié nos besoins électriques actuels

  • les énergies renouvelables,  répondent à nos besoins énergétiques avec un faible impact sur notre environnement et une gestion plus décentralisée.  Produisons de façon locale  (20% à 30% de l'électricité est perdue dans les lignes à haute tension) et durable, éolien, hydrolienne, solaire, mini hydraulique, géothermie profonde, biomasse, etc.....).

Je propose pour les amoureux des paysages (tendance dite écologique de droite) que l'on remplace chaque pylône électrique haute tension par une éolienne. (Pour cette « tendance » le pylône est beau et l'éolienne défigure le paysage.) 

Donc techniquement, il est possible d'arrêter tous les réacteurs nucléaires de France. Que les gens qui travaillent dans le secteur se rassurent, il y aura du travail pour au moins dix à vingt ans pour tout démanteler, et le développement des énergies renouvelables est et sera créateur d'emplois non dé-localisables.

En fait, le problème n'est pas réellement technique, mais avant tout politique.

J'ai du mal à vraiment situer nos dirigeants. Rappelez-vous, en 2007, durant le débat télévisé qui opposa Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy, un vague débat eut lieu sur le nucléaire.

Ségolène Royal demanda à Nicolas Sarkozy: "quel est le pourcentage d'électricité d'origine nucléaire produite en France?"

Nicolas Sarkozy répondit 50%, ce qui était faux. Ségolène Royal répondit à son tour : 17%, ce qui était également faux.

Le résultat est 78%. Ce chiffre  n'a pas bougé depuis 30 ans. J'ai appris cela en classe de 3eme.

Face à ce constat, il y a deux interprétations possibles:

  • Soit ce débat de chiffres (faux et ne touchant pas à  l'essentiel du sujet) m'amènes à penser qu'il y eut consensus entre nos deux présidentiables
  • Soit, qu’ils ne connaissaient rien au sujet.

Je pencherais plutôt pour la deuxième hypothèse.

La gestion du nucléaire en France appartient au corps des mines, c'est à dire l'élite de l'élite. Ce sont les meilleurs ingénieurs de l'école des mines, plus un ou deux d'une autre école. Ils sont une dizaine  par an. Ces personnes sont placées aux endroits clef: direction du ministère de l'industrie, des finances, de l'environnement, cabinet du chef de l'état, et du premier ministre, directeur d'Areva et de la Cogema.

Ce sont elles qui décident et conseillent fortement nos dirigeants, peu importe leur bord politique. Ils constituent ce fameux lobby nucléaire.

Ce système ne peut plus durer. Il n'a jamais été démocratique.70% des français veulent sortir du nucléaire. Créons le lobby anti-nucléaire. Et d'ors et déjà, signez, si vous en êtes d'accord,  la pétition du réseau sortir du nucléaire.

 http://www.sortirdunucleaire.org/charte

 Bruno Bel