Par la rédaction de Mediapart

 

La France sort-elle de longs mois d’hypnose ? Pris dans le piège du « en même temps » macronien, le pays somnolait , donnant du temps à un président décidé à aligner les réformes comme l’adjudant-chef place ses troufions au garde-à-vous dans la cour de caserne. Or la réforme de la SNCF constitue le premier vrai tournant de ce quinquennat. L’Élysée y semble déterminé, Emmanuel Macron ayant programmé une nouvelle épreuve de force avec les syndicats, au mieux décrits comme conservateurs ou arc-boutés à la défense de privilèges.

C’est le « moment Thatcher », quand la Dame de fer décidait de briser les mineurs puis de privatiser le rail britannique pour démontrer combien rien ni personne ne pouvait lui résister…
Le mise en scène de la réforme du rail français, telle qu’organisée par le pouvoir, est un « moment Thatcher » : il s’agit moins de réformer que de s’imposer une fois pour toutes aux corps intermédiaires et aux acteurs sociaux. Et de dégager le terrain pour d’autres réformes à venir (les retraites, par exemple).

Rien n’empêchait ce gouvernement d’engager calmement une réforme majeure de la SNCF en prenant le temps d’éclairer l’opinion sur ces points majeurs : la dette ; les petites lignes ; l’amélioration du service public. Le choix fait est inverse : les ordonnances (donc le passage en force au Parlement), une concertation qui n’est en rien une négociation, et le statut des cheminots agité comme un épouvantail pour tenter de dresser les usagers contre les salariés SNCF. La ficelle est si grosse que rien ne dit que cette fameuse opinion suivra le gouvernement. L’union syndicale et la grève longue et discontinue annoncée jusqu’à la fin juin vont constituer une épreuve inédite pour le pouvoir. Dans Mediapart Live, nous avons expliqué combien le statut des cheminots – déjà mis à mal ces dernières années – relève du faux problème. L’objet de cette réforme est autre et il existe un précédent passionnant : celui de France Télécom, « réformé » il y a vingt ans pour ensuite être privatisé. Tout indique que le même sort attend la SNCF, même si le pouvoir s’en défend tout en refusant dans le même temps de dévoiler les détails de son plan. Retrouvez ici notre dossier : SNCF, terminus pour le service public.